ALCA* – Agence livre, cinéma et audiovisuel en Nouvelle-Aquitaine, site de Limoges

* Née de la fusion d’Écla, du Centre régional du livre en Limousin 
et du Centre régional du livre et de la lecture en Poitou-Charentes


Observation / La Vente de livres papier en ligne, les livres numériques



La Vente de livres papier en ligne, les livres numériques : Synthèse des résultats d’une enquête auprès des libraires du Limousin


Publié en août 2011.

« La librairie est en train de changer, mais je pense que la société est en train de changer aussi. »
(Mme Joyeux, Librairie Plein ciel, Limoges)


Comprendre la situation actuelle du marché du livre et du numérique

En 2010, les ventes de livres numériques ont progressé de 8% par rapport aux ventes de l’année précédente (note 1). Même si le chiffre d’affaires total pour ce secteur du marché reste faible (1,8% ou 54 millions d’euros) (note 2), sa croissance est solide et ne peut pas être ignorée. Encore plus important, selon l’Observatoire de l’économie du livre du Service du livre et de la lecture (ministère de la Culture et de la Communication), les ventes des livres papier par Internet représentent à peine 10% du marché (note 3). Malgré le développement de ces deux secteurs, il reste encore de l’incertitude quant à leur avenir, ainsi que des fausses idées sur le numérique dues en partie à l’imprécision de l’usage des termes qui désignent ce de quoi on parle.
Pour comprendre ces nouveaux supports de lecture et ces nouvelles pratiques de consommation, quelques définitions s’imposent. D’abord, quand on parle d’un livre électronique on fait référence à un support qui est, bien sûr, électronique, mais qui est aussi portable, capable de sauvegarder des données qui sont visualisées sur un écran ; Il s’agit de l’objet qui affiche le contenu (iPad, Kindle, ordinateur). Un livre numérique, au contraire, désigne le contenu qui a été mis dans un format qui peut être lu grâce à un support électronique. Par contre, bien qu’un livre numérique puisse contenir des hypertextes, il n’en est pas un. Un hypertexte est un « système de renvois permettant de passer directement d’une partie d’un document à un autre, ou d’un document à d’autres documents choisis comme pertinents par l’auteur. » (note 4)
Par la suite, un hyperlien est le texte ou l’objet sur lequel on clique pour faire ce passage.
Enfin, il peut y avoir de la confusion au sujet de la vente des livres en ligne. Le plus souvent, il s’agit de la vente des livres papier via un site marchand tel qu’Amazon. Dans ce cas, bien que la commande et le paiement s’effectuent en ligne, le livre reçu par courrier ou récupéré en magasin est un livre papier. Ceci dit, on vend et achète un livre numérique en ligne aussi – la différence étant que dans ce cas, le livre téléchargé (ou à disposition sur Internet) est dans un format à destination d’être lu sur un écran.

Objectifs de l’enquête et de cette synthèse

Face au développement des sites de vente de livres papier en ligne et face à l’essor de livres en format électronique attendu en France, le Centre régional du livre en Limousin a trouvé judicieux de mener une enquête sur le positionnement des libraires de la région par rapport à ces évolutions. Le CRL en Limousin a pour objectif d’observer les effets qu’ont ces nouveaux outils sur les librairies du Limousin. Par la suite, le CRL espère mieux accompagner les libraires dans cette période d’évolution du marché du livre.

Contrat de progrès pour la filière livre

Actuellement, la Région, en partenariat avec la DRAC, est en train d’élaborer un contrat de progrès pour la filière du livre en Limousin. Dans un avenir proche, il y aura des possibilités de soutien financier et de formation grâce à ce contrat et le CRL souhaite pouvoir cibler les besoins et les attentes des libraires.

Présentation du fonctionnement de l’étude

D’avril à juin 2011, le CRL a contacté les responsables de vingt-cinq librairies installées dans les trois départements (neuf en Corrèze (note 5), trois en Creuse (note 6), treize en Haute-Vienne (note 7)), de plusieurs types (généraliste, jeunesse, BD, chrétienne, etc.) et a obtenu des réponses de la part de chacun. Les questionnaires utilisés portaient sur la situation informatique des librairies, la vente des livres papier en ligne (pratiques, attitudes, utilisations), les formats électroniques des livres (pratiques, attitudes, usages) et les besoins des libraires.

Quelques remarques sur les réponses

Les libraires du Limousin constituent un groupe hétérogène avec des différences d’âge, d’expérience et de structure administrative. En conséquence, certains libraires ne se sentaient pas en mesure de répondre à certaines questions ; ceci a été particulièrement vrai pour ceux qui venaient d’ouvrir ou reprendre leur boutique. D’autres travaillent en équipe et ont répondu aux questions à deux. Ainsi, même si vingt-cinq librairies ont fourni des réponses, il peut y avoir certaines questions a plus ou moins de vingt-cinq réponses selon la situation des librairies (nouvellement installée, plus d’un libraire ayant répondu, etc.).

La situation informatique des librairies

• Plusieurs librairies ne sont pas informatisées

« Les besoins d’équipements les plus importants concernent l’informatisation des magasins et le développement de sites Internet. » (État des lieux de la librairie indépendante en Limousin, CRL en Limousin)

Le CRL a constaté lors d’un état des lieux de la librairie indépendante en Limousin en 2009 qu’il y avait un besoin de moderniser la situation informatique des librairies. Deux ans plus tard, la situation reste largement inchangée. Sur les vingt-cinq librairies visitées, 32% n’utilisent toujours pas de logiciel de gestion de stock. Ceci dit, une petite librairie avec relativement peu de titres peut se tourner vers des tableurs pour organiser et résumer les informations sur son stock. Il existe des libraires pour qui le choix de ne pas se servir de logiciel de gestion de stock découle de la revendication de l’aspect humain de leur commerce et de l’importance qu’ils accordent à la connaissance des livres qu’ils vendent. Pourtant, chez d’autres, le coût ou le manque de formation freine le développement.
Toutefois, parmi les dix-sept librairies équipées d’un logiciel de gestion de stock, d’autres difficultés subsistent et peuvent désavantager certains. Ceux qui ont un logiciel spécifique à la librairie ont un accès direct à des sites comme Dilicom, ce qui, parmi d’autres avantages, facilite les commandes. Mais ceux qui n’ont pas les moyens d’acheter ces logiciels ne bénéficient pas de cet avantage. Le manque de moyens financiers empêche certaines librairies de s’équiper d’un logiciel plus moderne ou de passer à une nouvelle version du logiciel qu’ils possèdent déjà.

• Un fort usage d’Internet

Un « outil d’information. » (Mme Tingaud, Aux belles images, Guéret)

Malgré le nombre de librairies qui n’ont pas de logiciel de gestion de stock, vingt-trois des vingt-cinq librairies visitées (soit 92%) ont au moins un ordinateur équipé d’une connexion Internet dans leur magasin. Devenu un outil indispensable pour la plupart des libraires, Ils ont très largement intégré l’usage du web dans leur travail au quotidien. Plus précisément, ils s’en servent pour leurs recherches bibliographiques, pour passer commande chez leurs fournisseurs et pour la communication sur leur boutique via des sites web, blogs, e-mails, etc.
L’importance d’Internet pour un libraire est telle que ne pas en être équipé peut desservir une librairie. C’est le cas d’un des magasins visités. Se sentant désavantagé par rapport à ses confrères, le propriétaire a essayé sans succès de trouver le financement nécessaire pour moderniser sa boutique (nouvel ordinateur, installation d’une connexion Internet) et se mettre à la vente en ligne. Bien que l’absence de connexion ne soit pas l’unique raison de la fermeture de sa librairie (août 2011), il le cite comme un handicap.



• Moins de clients en librairie

« Je vais où sont les clients. » (M. Deguingand, Librairie Livre libre, Limoges)

Les libraires interrogés reconnaissent que le marché du livre est difficile en ce moment. 64% des librairies ont connu des baisses de fréquentation depuis au moins un an tandis que seulement 12% ont connu une augmentation et 12% ont une fréquentation stable (voir graphique ci-dessous). Les raisons de la baisse de fréquentation des librairies en Limousin sont sans doute variées (la crise, la migration des commerces vers les banlieues des villes), mais beaucoup de libraires s’accordent à dire qu’ils n’ont pas de moyen de savoir si cette baisse est due à la vente de livres papier en ligne.



• La présence des librairies limousines sur Internet

« On est conscient qu’au début ça va démarrer tout doucement, mais on est conscient aussi qu’on doit être présent sur la toile. » (M. Dève, Bulles de papier, Brive-la-Gaillarde)

En ce qui concerne la vente de livres papier en ligne, les librairies limousines sont encore peu présentes. Parmi celles qui ont participé à notre enquête, neuf librairies ont un site web, mais seulement six d’entre eux sont des sites marchands. Pourtant, 44% des libraires ont déjà eu un client qui leur a parlé de ses expériences de l’achat de livres en ligne. Les Limousins se tournent régulièrement vers Internet pour rechercher des informations sur des livres, pour en acheter, pour trouver les dates de sortie, etc. Un libraire à Guéret a expliqué que les clients commencent par faire leurs démarches sur Internet mais reviennent en magasin après qu’ils ont rencontré une difficulté lors de leur achat (produit abîmé, délais ou frais de livraison qui ne correspondaient pas à leurs attentes, etc.). Les autres répondants ont été nombreux à confirmer cette observation.
Les libraires aussi participent à cette évolution : 68% ont acheté un livre en ligne à un moment ou un autre. Parmi eux, treize libraires l’ont fait pour une raison professionnelle (pour un client), tandis que seulement six ont acheté un livre en ligne pour une raison personnelle, souvent expliquant que ce n’était que pour des textes difficiles à trouver en librairie.

Les libraires reconnaissent que le marché du livre est en train d’évoluer et qu’il faut évoluer aussi. Pour ce faire, certains ont choisi de se mettre à l’utilisation des nouvelles technologies de communication telles que les réseaux sociaux. Selon les libraires interrogés, le moyen le plus populaire d’avoir une présence en ligne est le site web dédié à la librairie (neuf existent déjà et trois autres librairies ont des sites en cours de réalisation) ; Facebook n’est pas loin derrière avec sept boutiques (soit 28%) ayant un compte sur le réseau social.



Par contre, les conceptions qu’ont les libraires de ces outils informent sur l’état actuel et le progrès à faire dans le domaine de la communication électronique. Les réseaux sociaux sont d’abord envisagés par ces professionnels comme des vitrines pour les magasins. Cette conception est logique pour un site web, qui a souvent la vocation d’informer les internautes, mais ce n’est pas l’objectif d’un réseau social qui est plutôt un lieu d’échanges et de communication entre plusieurs participants.
La volonté d’être présents dans les lieux virtuels ou réels que les clients fréquentent (réseaux sociaux, blogs, sites Internet) existe chez les libraires du Limousin, mais ils manquent souvent de formation et d’expérience pour profiter au maximum de ces technologies de communication. Par ailleurs, ils ont encore des réticences par rapport au temps qu’il faut y consacrer et par rapport à la déshumanisation de la librairie.
Le portail 1001libraires.com offre peut-être une solution à ces problèmes en proposant aux libraires indépendants d’adhérer et de bénéficier d’un certain nombre de services. Cependant, l’idée fondatrice est de permettre à des clients potentiels de chercher les livres qu’ils souhaitent acheter sur le portail. Ils choisissent aussi une région ou ville de France et voient les librairies adhérentes qui ont le livre en stock géolocalisées. Le client peut par la suite réserver le livre et se rendre dans la librairie deux heures plus tard pour le récupérer.
Le site a dû repousser sa date d’ouverture, mais est actuellement fonctionnel. Pourtant, une seule librairie en Limousin a choisi d’y participer et ce libraire avoue être déçu par les services actuels. Parmi les libraires qui ne font pas partie de 1001libraires.com, six envisagent d’y adhérer. Les autres ont cité une multitude de raisons pour lesquelles ils ne considèrent pas cette possibilité. D’abord, certains n’ont pas les caractéristiques demandés par 1001libraires.com : ils sont trop petits (il faut un certain nombre de titres pour y adhérer) ou n’ont pas informatisé leur stock. D’autres vendent à un trop grand pourcentage de produits autres que le livre (presse, papeterie). Ensuite, quelques librairies n’étaient pas au courant de l’existence du portail. Enfin, certains libraires ne voyaient pas l’intérêt pour eux d’y participer.

• Un attachement fort à la librairie traditionnelle

« Sur les bases de données on ne trouve que ce qu’on cherche ; mon boulot est de vendre des choses à des gens qui ne les cherchent pas. » (M. Nivet, Librairie Nivet, Limoges)

La résistance face aux changements dans le marché du livre reflète le fait que les libraires restent très attachés à la librairie traditionnelle. Ils s’inquiètent de la concurrence inégale qui existe entre leurs petites boutiques en région et les grosses structures de vente de livres en ligne. Les moyens financiers et logistiques permettent aux compagnies telles qu’Amazon d’offrir les frais de livraison et de livrer les commandes plus vite. Les mêmes services ne sont pas viables chez les librairies indépendantes du Limousin, favorisant les achats de livres auprès des sites de vente en ligne nationaux ou internationaux.
Grâce aux explications données par les libraires au sujet de leurs inquiétudes et leurs positionnements face à l’évolution du marché, on distingue leurs conceptions du rôle du libraire : un libraire (1) offre un service de proximité et un lieu de vie et de contact humain importants à un quartier, une ville ou un département, (2) accompagne les lecteurs dans la découverte des livres et (3) protège et promeut la culture et la liberté de pensée en refusant qu’un algorithme puisse bien choisir un livre pour un client. Le côté humain (échanges, conseils, services) est immanquablement mentionné comme une raison de préserver les librairies brick and mortar (note 8).

Les livres numériques en Limousin

• Un nouveau support de lecture

« C’est assez loin de la réalité pour nous. » (M. Delias, À Propos, Saint-Junien)

Le concept d’un livre numérique est encore flou dans l’esprit de beaucoup de libraires. 48% des libraires interrogés reconnaissent ne pas connaître la différence entre un livre numérique et un livre numérisé, tandis que seulement 32% pouvaient expliquer les deux termes. Si on considère que seulement 44% des libraires interrogés ont déjà essayé de lire un livre en version électronique (ordinateur, liseuse dédiée, etc.), cette confusion n’est pas surprenante.
D’autant plus que les libraires questionnés ne voient généralement pas de raison immédiate de s’y intéresser. Seuls trois libraires avouent envisager de vendre des livres en format électronique. L’absence de demande de la part des clients et la facilité d’acheter un livre numérique en ligne de chez soi expliquent en grande partie le faible intérêt pour ce type de livres chez les libraires. Selon les participants à cette étude, il y a aussi une offre de titres en version numérique insuffisante pour être un produit viable dans leurs magasins.

• Un attachement fort au papier

« Je me prépare à résister. Le livre papier existera toujours. Il suffit de bien faire son boulot. » (M. Trarieux, Librairie Trarieux, Tulle)

Il est intéressant de noter un certain décalage entre les avis des libraires au sujet des formats numériques et leurs expériences dans le même domaine, car parmi les libraires qui ont participé à cette étude, comme dit auparavant, seulement 44% ont déjà essayé la lecture sur un support électronique. Les quinze libraires n’ayant pas essayé citent leur manque d’attirance pour ce mode de lecture. Leurs réactions font ressortir un refus assez généralisé des formats électroniques et une affirmation de la préférence pour le papier.
Pour les libraires, le papier est associé à la sensualité. Les commerçants évoquent d’abord le plaisir et le confort de lecture comme avantages du papier. D’un autre côté, ils admettent que l’électronique permet aux utilisateurs d’apporter plusieurs textes dans un seul objet compact et léger et peut présenter des outils qui aident des chercheurs à mieux analyser le texte. Ainsi pour les libraires, le côté plaisir prime quand on lit un livre papier alors que le côté pratique prime pour sa version numérique.



Les avis personnels et professionnels sont moins uniformes ; néanmoins, on y observe certaines tendances. La tendance la plus nette est celle de la préférence personnelle pour le papier avec 32% des répondants expliquant que le livre numérique ne les attire pas et 32% disant tout simplement aimer le livre en tant qu’objet, ce qui fait 64% des libraires qui préfèrent lire sur papier. En outre, ils défendent le format papier dans leurs opinions professionnelles, mais il y a aussi le sentiment que la progression des formats numériques est inévitable. Certes, 20% des répondants pensent que le papier a encore sa place, mais autant de libraires pensent que le livre numérique va ou est déjà en train de s’imposer.

« J’ai l’impression que tout le monde est incertain en ce moment. » (M. Nivet, Librairie Nivet, Limoges)

• Comment assister au mieux les libraires face à la situation actuelle de la librairie en Limousin ?

Les libraires du Limousin ont envie de faire face à la mutation du marché du livre, mais ne sont pas toujours prêts à le faire. Cependant, des solutions simples existent pour soutenir ce secteur d’activité si vital à la culture de la région.

• Une inquiétude diffuse chez les libraires

« Je suis inquiet sans être inquiet. » (M. Félip, BD rêve, Limoges)

Par rapport à la vente de livres en ligne, 36% des libraires questionnés se déclarent incertains de l’avenir et 20% se sentent menacés (pour les chiffres de toutes les réponses, voir graphique ci-dessous). Certains professionnels qui se préparent à évoluer avec le marché ou qui se disent tout simplement incertains de l’avenir avouent que dans le futur, ce canal de vente pourrait nuire à leurs commerces. D’autres ne sont confiants que dans la survie de leur domaine ou de leur boutique, considérant que les bouleversements réduisent la clientèle d’autres librairies et non pas la leur.
Les libraires ont les mêmes perceptions par rapport aux livres numériques. 32% d’entre eux sont incertains de l’avenir en ce qui concerne les livres électroniques tandis que 12% se sentent menacés. Encore une fois, plusieurs libraires choisissent de s’en inquiéter plus tard, estimant que le futur immédiat reste plutôt stable pour eux. Comme pour la vente de livres en ligne, d’autres prédisent que les formats électroniques se développeront dans des domaines qui ne les concernent pas (livres scientifiques ou livres scolaires, par exemple). Dans les cas de la vente de livres en ligne et des formats numériques, le fait de dire que les difficultés viendront plus tard prévalent chez les libraires approchant de l’âge de la retraite. Ils reconnaissent que leur métier subit des changements, mais considèrent que les évolutions aboutiront quand ils ne seront plus en activité.



• Soutien à la modernisation des librairies


« C’est quelque chose qui est là, qui va prendre de l’essor. » (Mme Dubarry, Page et plume, Limoges)

Les libraires savent que pour conquérir de nouveaux clients dans un marché en transformation et pour pouvoir soutenir la compétition avec des librairies qui ont plus de moyens financiers et logistiques que la plupart d’entre eux en Limousin, il faut moderniser leur magasin. Pour certains, cela correspond à l’achat d’un logiciel de gestion de stock ou d’une version plus performante d’un logiciel déjà existant. Pour d’autres il faut commencer par l’achat d’un ordinateur ou d’une connexion Internet. L’objectif commun à toute forme de modernisation est le besoin d’être en phase avec les pratiques d’achat et de communication de la clientèle d’aujourd’hui. Mais cela a un coût parfois trop élevé pour un libraire seul.

• Formation aux technologies et leur utilité pour les libraires

« […] il y a toute une génération qui a connu des supports électroniques. » (M. Pradié, Maison de la presse, Centre Saint-Martial, Limoges)

L’acquisition des technologies plus modernes ne suffit pas à assurer la pérennité des librairies indépendantes en Limousin. Du simple fait de la différence de générations, peu de répondants ont le niveau d’expérience technologique des jeunes clients d’aujourd’hui et de demain. Il faut que les libraires sachent non seulement comment faire fonctionner les technologies, mais aussi qu’ils connaissent ce qui est à leur disposition ainsi que l’utilité de chaque outil. Ceci permettra à chacun de pouvoir choisir l’option la plus adaptée à sa situation et par la suite de pouvoir en tirer le maximum d’avantages.

• Besoin de démythification des formats numériques

« Je ne peux pas avoir d’avis puisque je ne connais pas. » (M. Veyssière, Maison de la presse, Brive-la-Gaillarde)

Les nouveaux formats numériques de livres restent encore mal connus chez les libraires. En réponse à au moins une question, 16% ont déclaré ne pas pouvoir répondre ou ne pas avoir d’avis sur le sujet des livres électroniques parce qu’ils ne connaissaient pas assez, voire pas du tout, les technologies. D’autres professionnels parlaient du manque de confort de lecture d’un livre électronique sans en avoir lu. Pour pouvoir bien se positionner dans le marché du livre, pour pouvoir bien conseiller les lecteurs et ainsi assurer la pérennité de la librairie en Limousin, les livres numériques et les nouveaux services que les librairies peuvent offrir doivent être mieux connus par les libraires – et peut-être aussi par le grand public.

• Il faut que les libraires aient un moyen de mesurer les effets des ventes en ligne


« Il faut faire des distances en Limousin pour trouver des livres, d’où l’intérêt de trouver des choses sur Internet. » (Mlle Urroz, Libraria occitana [IEO Lemosin], Limoges)

La connaissance de la clientèle constitue un autre aspect important pour le choix d’outils et la stratégie de communication qu’un libraire y associe. À plusieurs reprises, des libraires ont expliqué qu’il était difficile de mesurer l’impact que la vente des livres en ligne ou des formats numériques avait sur leur commerce. Des études au niveau national aident à comprendre le marché du livre en général, mais des études spécifiques à la région pourraient être d’une aide précieuse pour les libraires qui doivent faire face à l’évolution de leur métier. En conséquence, le CRL et l’Association des libraires indépendants du Limousin (ALIL) envisagent de réaliser un sondage complémentaire auprès des clients des librairies pour savoir où et comment les Limousins achètent leurs livres.

Conclusion

« Le livre papier a encore de beaux jours devant lui. » (Cyril Malagnat, Rêv’en pages, Limoges)

Qu’ils soient prêts à accueillir le numérique et à vendre des livres papier en ligne, ou qu’ils soient des défenseurs du livre papier vendu en librairie, les libraires du Limousin ont besoin d’être accompagnés pendant cette période de transition que connaît actuellement le secteur du livre. Les informations disséminées au sujet des ventes de livres papier en ligne, des livres numériques, ainsi que des occasions de travailler avec d’autres professionnels du livre ou de se former aident les libraires à se positionner par rapport à la réalité du marché et des pratiques de leur clientèle. Mais cette enquête indique que des formations, des aides financières qui rendraient possible l’amélioration des outils technologiques et une plus grande diffusion d’information seraient d’une aide précieuse aux professionnels de la librairie. À travers les livres qu’ils vendent, les libraires nous permettent d’être à l’écoute de notre société et de nous-mêmes. Avec les changements qui s’opèrent dans le monde du livre, il est plus important que jamais d’être à l’écoute des libraires et de répondre à leurs besoins.


(1) Nicolas Gary, « Exclusif : en France, l’ebook représente 1,8% du chiffre d’affaires », actualitte.com, 30 juin 2011.

(2) Ibidem.

(3) Observatoire de l’économie du livre du Service du livre et de la lecture, Économie du livre : Le secteur du livre : Chiffres clés 2009-2010, mars 2011.

(4) Les informations et explications données dans ce paragraphe sont basées sur le Lexique du livre numérique, par L’Agence Rhône-Alpes pour le livre et la documentation (ARALD), publié en mai 2010.

(5) Au plaisir des livres, Bulles de papier, Centre culturel Leclerc (Tulle), Librairie chrétienne (Brive-la-Gaillarde), La petite marchande d’histoires, Librairie Trarieux, Maison de la presse (Brive-la-Gaillarde), Préférences, Vivre d’art.

(6) Aux belles images, La licorne, Mag’Presse (Guéret).

(7) À propos, BD rêv’, Diffusion Vie, Librairie Mille bulles, Librairie Nivet, Librairie occitane, Librairie Laucournet, Librairie Livre libre, Maison de la presse (Centre Saint-Martial, Limoges), Page et plume, Pages d’écriture, Plein ciel, Rêv’en pages.

(8) Un terme anglo-saxon qui désigne les librairies faites de briques et de mortier, autrement dit, une librairie qui a une boutique physique et non pas virtuelle.



 
 



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Le Centre régional du livre remercie sincèrement l’ensemble des libraires qui ont accepté de participer à cette enquête, qui a été réalisée entre avril et août 2011.