ALCA* – Agence livre, cinéma et audiovisuel en Nouvelle-Aquitaine, site de Limoges

* Née de la fusion d’Écla, du Centre régional du livre en Limousin 
et du Centre régional du livre et de la lecture en Poitou-Charentes


Observation / État des lieux des salons du livre et manifestations littéraires en Limousin



L’Accueil des auteurs en milieu scolaire et dans les bibliothèques du Limousin : État des lieux


Publié en septembre 2011.

Plus de deux cents auteurs vivent et travaillent en Limousin. Écrire est une activité avant tout solitaire, de même que la lecture est un acte intime, que l’on ne partage pas toujours facilement. Les rencontres publiques entre auteurs ne sont donc pas forcément naturelles. Cependant, en Limousin comme ailleurs, les occasions de rencontrer les auteurs sont nombreuses, en particulier lors des manifestations littéraires et des fêtes du livre. C’est sur l’accueil des auteurs en milieu scolaire et en bibliothèque que nous avons souhaité nous pencher pour cet état des lieux. L’accueil d’auteurs n’est pas la première mission des bibliothèques et des établissements scolaires. Cette activité est donc à considérer comme un « plus » considérable. Aussi, il était très important de rendre compte de la présence des auteurs dans ces structures, d’en faire une analyse quantitative et qualitative et de soulever les difficultés qui peuvent empêcher ce genre de rencontres.

Une enquête régionale

Cet état des lieux a été effectué auprès de tous les établissements scolaires publics du Limousin (écoles primaires, collèges et lycées d’enseignements général et technologique, établissements d’enseignement supérieur), ainsi que du réseau des bibliothèques départementales de prêt de la Corrèze, de la Creuse et de la Haute-Vienne et des bibliothèques des villes de plus de dix mille habitants.
Après avoir réalisé notamment l’état des lieux de la librairie indépendante, de l’édition et des salons du livre et manifestations littéraires en Limousin, il nous semblait essentiel de poursuivre cette mission en nous intéressant à l’accueil des auteurs dans la région au sein des établissements scolaires et des bibliothèques.
Cette enquête a été réalisée par le biais de deux questionnaires (chacun en versions papier et électronique) : l’un envoyé aux établissements scolaires, l’autre à destination des bibliothèques. Sur les 615 envois de questionnaires aux établissements scolaires, soixante-treize nous ont été retournés, soit 11,87% de réponses. Seuls les écoles primaires, les collèges et les lycées (d’enseignements général et technologique) ont répondu. Quant aux bibliothèques, nous avons reçu quarante-trois réponses.
Les structures accueillantes étant différentes, nous proposons donc un bilan distinct, avec cependant des entrées identiques. En outre, il n’existe pas de différence suffisamment significative entre les trois départements pour que nous en fassions état dans cette synthèse.

L’accueil des auteurs en milieu scolaire du limousin en 2008, 2009 et 2010

• La moitié des établissements scolaires accueillent des auteurs

Sur les trois départements, il y a un équilibre entre les établissements qui accueillent des auteurs (50,65%) et ceux qui n’en accueillent pas (49,35%).
Il est intéressant de constater que ce sont les établissements scolaires de petites villes d’environnement rural, voire de petits villages pour les écoles primaires, qui accueillent le plus d’auteurs.
Cependant, nous constatons que ces accueils sont des faits rares. En effet, seuls 20% des établissements considèrent que la venue d’un auteur est un phénomène régulier dans leur fonctionnement. Et pourtant, la quasi-totalité d’entre eux souhaiterait vivement renouveler l’expérience.
Tous départements confondus, sur les trois dernières années, il y a eu environ soixante-quinze auteurs différents accueillis.

• Les établissements scolaires accueillent surtout des auteurs jeunesse et adultes

Il n’y a que très peu d’illustrateurs accueillis. Au mieux sont-ils auteurs-illustrateurs.
Un quart d’entre eux sont des auteurs nés ou habitant dans la région. Nous pouvons citer par exemple Antonin Varenne, Franck Linol, tous deux auteurs de polars, ou encore Thomas Gornet qui, lui, est un auteur de littérature jeunesse. Les autres viennent de toutes les autres régions confondues (Pascal Lemaître, Valérie Dayre, Béatrice Nicodème…). Les écoles primaires accueillent bien sûr des auteurs de littérature jeunesse. S’ajoutent des auteurs de littérature pour adultes dans les collèges et les lycées.
Outre les auteurs édités chez des grands éditeurs (L’école des loisirs, Seuil jeunesse…), certaines petites et moyennes maisons d’édition sont également représentées (Écorce, Sémaphore, Le pommier…). Ceci peut s’expliquer par le fait que ce sont les professeurs qui, avec leurs envies et leurs goûts propres, organisent ce genre de rencontres. Ils accueillent des auteurs qu’ils connaissent et qu’ils aiment. Cela ne dépend donc pas toujours de leur notoriété.

• Une initiative venant de plusieurs professeurs

L’initiative vient le plus souvent de l’alliance de deux professeurs. Le professeur documentaliste fait régulièrement partie du duo. Outre les professeurs de français, ce sont des professeurs d’autres disciplines (non littéraires pour la plupart : EPS, matières scientifiques…) qui prennent l’initiative des projets les plus aboutis. Le français, en tant que discipline scolaire, ne se prêterait donc pas aussi aisément qu’on pourrait le croire à ce genre de rencontres.

• Une rencontre se prépare

Une certitude : une rencontre élèves-auteur(s) se prépare. La totalité des établissements « accueillants » insiste sur le fait qu’un travail en amont est nécessaire.
Cette préparation se fait entre le professeur et les élèves et consiste pour ces derniers à lire les ouvrages de l’auteur accueilli ou à préparer des questions à lui poser et pour le professeur à préparer (si la rencontre se fait sous forme d’atelier) divers exercices d’écriture.

• Le déroulement d’une rencontre

L’accueil d’un auteur peut prendre diverses formes. Trois sont très largement majoritaires : le modèle questions-réponses assorti d’une séance de dédicace, le modèle questions-réponses assorti d’une lecture de la part de l’auteur et le modèle présentation de l’auteur puis atelier de création avec lui. La rencontre est donc un véritable échange entre l’auteur et les élèves. Les ateliers de création peuvent aller du simple atelier d’écriture à la mise en scène des textes de l’auteur.
Une rencontre peut avoir une durée allant de cinquante minutes à deux heures (soit une ou deux séances de cours), la durée moyenne étant d’une heure et trente minutes.
Pour ce qui est du dispositif spatial le plus courant, il correspond à la salle de classe et donc à un échange face-à-face. L’auteur prend alors la place du professeur.

• Près de 85% des établissements prennent en charge les frais des auteurs

La question financière est essentielle dans l’organisation d’un accueil d’auteur puisqu’elle fait partie des deux raisons pour lesquelles des établissements scolaires n’en accueillent pas.
En revanche, les établissements qui accueillent des auteurs sont près de 85% à prendre en charge les frais de ces derniers.
La rémunération peut se faire de manière différente et s’équilibre entre le paiement de l’intervention (30%), le défraiement (28%), l’hébergement (18%) ou la prise en charge des repas (24%).



• 65% des accueils d’auteurs sont le fruit d’un partenariat

La question des partenariats est en corrélation avec celle de la rémunération des auteurs. En effet, les partenariats sont souvent financiers.
65% des accueils d’auteurs sont le fruit d’un partenariat. Pour la très grande majorité, le partenariat se fait avec les bibliothèques départementales de prêt. Nous pouvons donc penser qu’il y a une méconnaissance des partenariats possibles.
En Limousin, de nombreux partenariats existent par le biais, par exemple, du Prix des Incorruptibles, des Rencontres de Chaminadour ou encore de Lire à Limoges. Au niveau national, la M.é.l. (Maison des écrivains et de la littérature) propose le dispositif « L’Ami littéraire ».

• Les raisons du non-accueil d’auteurs

Les deux raisons principales pour lesquelles les établissements scolaires n’accueillent pas d’auteurs sont d’une part le manque d’initiateur et d’autre part le manque de moyens financiers. L’envie est réellement présente, mais l’organisation se révèle être parfois un vrai frein.
En outre, le manque de réseau ralentit également l’organisation de telles rencontres. Les établissements scolaires ont besoin d’être aiguillés dans cette démarche.



L'accueil des auteurs dans les bibliothèques du Limousin en 2008, 2009 et 2010

Le questionnaire a été adressé aux six bibliothèques municipales ou intercommunales des villes de plus de dix mille habitants ainsi qu’à la plupart des bibliothèques des villes de moins de dix mille habitants faisant partie du réseau des trois bibliothèques départementales de prêt (BDP) du Limousin.
Quarante-trois réponses ont été reçues : onze de la Corrèze, seize de la Creuse, seize de la Haute-Vienne.

• Les deux tiers des bibliothèques accueillent des auteurs

64% des bibliothèques ayant répondu au questionnaire accueillent des auteurs, soit vingt-sept établissements.
Pour plus de 55% d’entre elles, l’accueil d’un auteur est un phénomène régulier, contrairement aux établissements scolaires. Cela peut s’expliquer par le fait que ce genre de rencontres s’inscrit généralement dans le programme d’animations culturelles qui font désormais partie des missions des bibliothèques.
Nous constatons également que la taille et les moyens (humains et financiers) de la bibliothèque rendent possibles ou non l’accueil d’auteurs.

• Une majorité d’auteurs de fiction

Les auteurs invités sont principalement des auteurs de littérature ; la fiction est particulièrement représentée.
Sont aussi invités des auteurs écrivant sur le patrimoine de la région (les maçons de la Creuse, Oradour-sur-Glane, pays et paysans du Limousin, la cuisine…) souvent liés à des éditeurs implantés en Limousin (Les Ardents éditeurs, Culture & Patrimoine en Limousin, Maiade éditions, Éditions Mines de rien).
Les auteurs illustrateurs sont aussi présents dans les bibliothèques. Nous pouvons citer par exemple Zad, Marc Pouyet, Yann Fastier, Aurelien Morinière, Nicolas Gouny…

Plus de 80% d’entre eux ont un lien avec la région ou y habitent. Certains sont édités ailleurs (Moussa Konaté, Henri Cueco, Gilles Clément, Geneviève Parot, Jean-Guy Soumy, Jean-Marie Chevrier, Claude Duneton…) ou en Limousin (Régine Rossi-Lagorce, Jean Vareillaud, Marie-Claude Gay, Diane de Bournazel…), notamment chez Lucien Souny, La Veytizou.
Beaucoup moins nombreux sont les auteurs invités sans lien avec le Limousin (Jean-Bernard Pouy, Véronique Vernette, Éric Holder…).

• Des rencontres à l’initiative des bibliothécaires

Les bibliothécaires sont les initiateurs des rencontres auteurs-public. Pour les structures de taille moyenne ou grande, ce sont les personnes chargées des animations culturelles de la bibliothèque qui organisent ce type de rencontres.

• Une rencontre en bibliothèque se prépare

Au même titre que pour les établissements scolaires, l’accueil d’un auteur dans une bibliothèque demande un travail en amont.
La préparation se fait essentiellement au niveau de la communication à l’aide d’affiches, de flyers. En outre, les bibliothèques préparent le lieu qui accueillera l’auteur (souvent dans le hall) avec une mise en avant de ses livres ou du genre auquel ils appartiennent.

• Le déroulement d’une rencontre

L’accueil d’auteurs en bibliothèque revêt très souvent la forme de séances de dédicace. Il peut également prendre la forme de lectures, de discussions ou même d’ateliers d’écriture, particulièrement lorsque les élèves des écoles environnantes se déplacent pour rencontrer les auteurs présents dans les bibliothèques. Cela peut aussi se faire dans le cadre d’une résidence. Par exemple, Bruno Poissonnier invité plusieurs mois à la Bibliothèque intercommunale Haute-Corrèze d’Ussel ou Thomas Gornet en résidence au Théâtre du Cloître.
D’autre part, il est important de noter que, très souvent, la venue d’un auteur est assortie d’une vente de ses livres par l’auteur lui-même ou par une librairie partenaire. Notons également que ce genre de manifestation influe sur le prêt de livres de l’auteur et de livres de même genre littéraire.
La durée d’une telle rencontre varie entre une heure et deux heures.

• La rémunération des auteurs

Le pourcentage de bibliothèques « accueillantes » qui rémunèrent les auteurs est plus faible que celui que nous avons indiqué pour les établissements scolaires. En effet, il est de l’ordre de 59% (contre 85% pour les établissements scolaires). Nous pouvons supposer que cela peut s’expliquer d’une part par le fait que l’auteur a la possibilité de vendre ses livres en bibliothèques et d’autre part par le fait que les auteurs accueillis sont des auteurs régionaux. Leur proximité peut ainsi faciliter leur venue.
Quand la rémunération se fait, il y a un certain équilibre entre les différentes prises en charge, que ce soit le paiement de l’intervention (30%), le défraiement (27%), l’hébergement (23%) ou la prise en charge des repas (20%).



• Les partenariats

55% des accueils d’auteurs sont le fruit d’un partenariat pour les bibliothèques. Bien que moins fréquents que pour les établissements scolaires, les partenariats des bibliothèques sont plus diversifiés. En effet, il existe bien sûr des partenariats avec les bibliothèques départementales de prêt (avec par exemple la manifestation « Je lis, j’élis » en Haute-Vienne), des collectivités organisatrices de salons (Brive-la-Gaillarde), mais également avec des manifestations régionales (Les Francophonies en Limousin, Les auteurs vivants ne sont pas tous morts… La Rentrée littéraire buissonnière, Coquelicontes), nationales (Prix des Incorruptibles, Le printemps des poètes), des musées ou encore des librairies. Enfin, les partenariats interbibliothèques sont relativement fréquents.

• Les relations avec le Centre régional du livre (CRL)


Il a été demandé aux bibliothécaires s’ils avaient des contacts avec le CRL, s’ils s’étaient déjà servi du répertoire des auteurs de son site Internet et s’ils connaissaient ses modalités d’accompagnement.
58% des personnes ayant répondu ont des contacts avec le CRL. 42% néanmoins n’en ont pas.
58% des bibliothèques n’ont jamais consulté le répertoire des auteurs du site du CRL.
De même, 54% des bibliothèques ne connaissent pas les modalités d’accompagnement du CRL.

• Les raisons du non-accueil d’auteurs

Quinze bibliothèques n’accueillent pas d’auteurs, soit 37% des réponses.
La raison principale pour laquelle les bibliothèques n’accueillent pas d’auteurs rejoint celle des établissements scolaires : le manque de moyens financiers.
Deux autres freins sont le manque de temps et la petite taille des structures accueillantes.



Conclusion

Accueillir un auteur n’est donc pas toujours chose aisée. Cela demande outre une organisation sur l’instant, certains moyens financiers ou une recherche de partenariats.
Quoi qu’il en soit, chacune des structures ayant accueilli un ou plusieurs auteurs n’en retient qu’un bilan positif et souhaite renouveler l’expérience. En milieu scolaire, les élèves s’investissent très nettement dans la préparation de cet accueil, si bien que la rencontre est un véritable échange avec l’auteur. En bibliothèque, l’accueil d’auteurs voit la fréquentation du public augmenter. L’échange n’est pas préparé mais se fait de lui-même, ce qui anime de manière diffuse et régulière une bibliothèque et tisse des liens avec ses lecteurs.
Enfin, il est indispensable de souligner que ce type d’animation culturelle est motivé avant tout par un aspect humain fort, comme tout type de rencontres peut l’être. Accueillir un auteur n’est pas seulement régi par des problématiques logistiques (bien qu’elles soient prégnantes) mais par l’envie d’une telle rencontre et le plaisir de se plonger dans les écritures de ces auteurs.



 
 



Téléchargez l'état des lieux sur L’Accueil des auteurs en milieu scolaire et dans les bibliothèques du Limousin au format PDF.


Le Centre régional du livre en Limousin remercie sincèrement tous ceux qui ont offert de leur temps afin de contribuer à l’élaboration de cet état des lieux.
Ce état des lieux a été réalisé entre avril et août 2011.


À consulter :
La rubrique « Auteurs » de ce site.